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De Vents & Jardins
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Observations confinées

7 avril 2020

Début mars, le monde entier a basculé dans la panique et la folie. Les humains ne parviennent plus à réfléchir. Nous ne faisons plus que réagir instinctivement, sous l'impulsion de nos préjugés personnels, aux informations très lacunaires dont nous sommes abreuvés.

Les gens délirent et se rassurent comme ils peuvent. Sur les réseaux sociaux, ils couvrent d'injures quiconque ose insinuer quoi que ce soit qui pourrait accentuer leur sentiment d'insécurité. Même la parole la plus sage du monde, ils ne pourraient pas l'entendre pour le moment.

Assurément, cette pandémie est très sérieuse et elle nécessitait probablement les mesures d'exception qui ont été prises un peu partout dans le monde. Mais je voudrais garder ici la trace d'une partie au moins de la folie mondiale qui l'accompagne.

  • Il est devenu impossible, sous peine des plus graves accusations, de comparer le nombre des victimes du COVID-19 à celui des gens qui meurent chaque année d'autres choses. De la pollution, de dépression ou de la malbouffe par exemple.
  • Alors même que nous ne savons à peu près encore rien de ce virus, chacun y va de son «bon sens» et s'empresse d'expliquer tout et son contraire. On recherche déjà les fautifs. On trouvera bientôt des boucs émissaires. Les pétitions circulent pour que tous les citoyens, devenus subitement experts médicaux, imposent au gouvernement tel ou tel traitement médical dont ils ignorent tout.
  • Évidemment les théories du complot fleurissent. Leurs auteurs comme ceux qui les relayent accusent les médias, rebaptisés "merdias", de tous les maux, mais ils continuent à les écouter en boucle jusqu'à la nausée.
  • Je vois de temps en temps, lorsque je vais faire quelques courses, des regards en coin qui ne sont pas loin d'appeler à la chasse aux sorcières. Contre les tsiganes, les étrangers, les "parisiens" (dans mon genre) et les personnels de santé, tous soupçonnés de véhiculer la maladie. Certains ne répondent plus à un simple «bonjour» de loin et détournent la tête, de peur sans doute d'être contaminé par le regard d'un étranger.
  • Alors que le premier ministre a demandé l'accord du parlement pour interdire aux citoyens de s'éloigner de plus d'un kilomètre de chez eux et pour une durée maximale d'une heure, certains maires, sans rien demander à personne, ont ramené cette distance maximale à 10m. Dans une autre commune, la durée maximale d'utilisation des bancs publics est limitée à 2 minutes. La police municipale veille.
  • On a vu des infirmières priées de ne plus rentrer chez elles, de peur qu'elles ne rapportent la maladie.
  • On observe une diminution de moitié du nombre d'hospitalisations pour des crises cardiaques ou des AVC. Ceux qui en sont victimes hésitent à appeler les secours, de peur sans doute de se retrouver hospitalisé en ce moment. Ce qui se comprend facilement quand on voit la description qui est donnée, heure par heure, de la situation dans les hôpitaux.
  • Il est désormais interdit d'accompagner ses proches dans leurs derniers instants. Ni même de les revoir une dernière fois avant la fermeture du cercueil. Les cérémonies de funérailles sont elles aussi interdites.
  • Dans tous les pays ou presque, les droits fondamentaux sont suspendus avec l'accord de tous ou presque. On ferme les frontières. Big Brother est aux aguets. Il pourrait bientôt prendre le pouvoir sous les applaudissements de la foule.
  • La justice est quasiment à l'arrêt. On annonce déjà qu'il lui faudra plusieurs années pour rattraper le retard. Pour la première fois depuis la révolution, des citoyens sont placés ou maintenus en détention provisoire sans le contrôle d'un juge. Les modalités d'application du confinement sont confiées au discernement (on n'ose pas dire à l'arbitraire) des policiers. Suivant les circonstances, l'achat d'un gâteau (pas vraiment un achat de première nécessité, c'est vrai) est toléré ou sanctionné par une amende de 135 €.

8 avril

  • Une réunion importante pour l'avenir de l'Union Européenne devrait se tenir aujourd'hui. Il s'agira d'envisager les mesures économiques pour la sortie de crise. Un échec collectif de cette sortie de crise signifierait probablement la fin de l'UE telle que nous la connaissions jusqu'ici.

9 avril

  • La réunion importante a échoué. Les dénonciations anonymes ou pas auprès de la police des non-respects du confinement explosent.
  • Mais dans le même temps, des gestes de solidarité exemplaires se mettent parfois en place. Le meilleur côtoie le pire.

14 avril

On parle maintenant de plus en plus souvent de la possibilité de maintenir le confinement jusqu'au 31 décembre pour les personnes âgées!

Quelques rares voix s'élèvent contre cette hypothèse qui reviendrait à priver d'une liberté fondamentale toute une partie de la population, dans son ensemble et d'une manière discriminatoire, et sans le contrôle du juge.

Il semblerait que ce soit permis par la loi d'urgence du 23 mars 2020 et pas forcément contraire à la constitution ni même aux droits de l'homme, du moment que c'est «dans l'intérêt général».

Ça fait un peu froid dans le dos quand même et ça repose la question de la différence entre ce qui est légal et ce qui est moralement acceptable.

Et toute la question du contrat social aussi, au passage.

17 avril

La question du confinement des «personnes à risque» fait désormais débat, notamment en ce qui concerne les personnes âgées. Et ce débat est intéressant.

  • D'un côté ceux qui ne comprennent même pas qu'on puisse s'opposer à cette mesure. «Il faut demander aux personnes âgées de rester au maximum chez elles, c'est une évidence.», disent-ils.
  • De l'autre ceux qui disent: «Là n'est pas la question, tout le monde est d'accord avec ça. La question est de savoir s'il faut les y contraindre par la force, collectivement et sans prendre en compte les situations individuelles, alors qu'on laissera libres les autres catégories de la population en s'appuyant sur leur sens des responsabilités».

L'académie de médecine vient de prendre la position suivante:

«La tentation simplificatrice consistant à gérer cet épisode par tranches d'âge et à imposer aux personnes âgées, au nom de leur propre protection, de rester confinées n'est pas satisfaisante» «[...] elle estime qu'il ne faut pas davantage stigmatiser les personnes que l’on dit fragiles et plaide pour une simple recommandation de rester chez soi et non une réglementation contraignante, afin de ne pas faire de ces personnes des "citoyens de second rang."»[1]

Il y a quelques jours, Mathieu Potte-Bonneville, philosophe et directeur du département culture et création du Centre Pompidou, disait dans une interview à Usbek & Rica:

«Depuis le début de l’épidémie, il y a une tension entre deux lectures de la distanciation sociale
  • d’un côté, l’incitation civique mutuelle, l’appel réciproque à prendre soin les uns des autres ;
  • de l’autre, une interprétation verticale, injonctive, l’idée qu’il n’y a de politique que par l’imposition verticale de règles à ces imbéciles de français qui ne savent pas faire attention à eux, comme si la sagesse des gouvernants devait chaque fois pallier l’irresponsabilité des gouvernés.»[2]

(à suivre)

Synthèse provisoire

Tout semble se passer comme si nous avions tous oublié que nous sommes mortels. Pour un peu, nous serions prêts à cesser de vivre pour ne pas mourir. Nous ne voulons pas surtout pas voir que tous ceux qui seront sauvés aujourd'hui (et il faut les sauver chaque fois que c'est possible, telle n'est pas la question) mourront d'autre chose tôt ou tard. Et vu leur âge moyen, dans assez peu d'années la plupart du temps.

Depuis un mois, et pour combien de temps encore, dans le monde entier ou presque, on ne pense plus qu'à ce virus, on ne parle plus que de lui, plus rien d'autre ne compte et malheur à qui parlerait d'autre chose.

Quand cette épidémie sera terminée, est-ce qu'on parviendra enfin à réfléchir calmement ou est-ce qu'on va tout oublier au plus vite et reprendre la tête dans le guidon comme avant jusqu'à la fois suivante?

Je ne suis pas trop optimiste mais le pire n'est jamais certain.

Notes et références

Carnets d'un otium en Touraine

19 juin 2019


Arrivés à l'âge de la retraite, Jocelyne et moi nous sommes choisi un nouveau cadre de vie, la Touraine.

Et je me suis fixé quatre objectifs d'otium:

  • Apprendre le chinois
  • Comprendre la physique quantique
  • Comprendre la relativité générale
  • Continuer sur la route du bonheur

Apprendre le chinois

Pourquoi ?

Tout simplement pour ralentir le plus possible le vieillissement inéluctable de mon cerveau et de mes capacités cognitives avec une activité intellectuelle plus variée et moins répétitive que le Sudoku. Je ne vise pas une grande maîtrise dont je n'aurais pas l'utilité. Comme pour mes autres objectifs d'otium, je souhaite faire ça sans prise de tête, «en touriste» ! Si je parviens à atteindre un jour le niveau A2/HSK4, ça suffira très amplement à mon bonheur.

Comment ?

Je vais relater mes aventures d'apprentissage du chinois, mes échecs, mes déboires et mes progrès dans cet article:

Comprendre la physique quantique

Pourquoi ?

Parce que c'est un rêve de jeunesse que je n'ai jamais eu le temps de mener à bien. Oh bien sûr, j'ai déjà visionné énormément de vidéos sur le sujet. j'ai lu aussi beaucoup, mais vraiment beaucoup d'articles de vulgarisation tout au long de ces 40 dernières années. Mais j'ai toujours l'impression de n'avoir fait qu'effleurer le sujet.

Ce que je voudrais, c'est tout simplement (!?) être capable de vérifier, en faisant des calculs dans des cas les plus simples, que je comprends au moins un peu les choses que font les pros.

Comment ?

Je vais relater mes aventures de voyage vers les rivages de la physique quantique, mes échecs, mes déboires et mes progrès dans cet article:

Comprendre la relativité générale

Pourquoi ?

Parce que c'est un autre rêve de jeunesse que je n'ai jamais eu le temps de mener à bien non plus. Dans ce domaine aussi j'ai visionné pas mal de vidéos et lu nombre d'ouvrages de vulgarisation. Mais c'est la même chose, tant que je ne serai pas capable de calculer par moi-même le résultat de quelques expérience simples, je resterai au niveau conceptuel des analogies plus ou moins éclairantes. Il faut donc que j'aille plus loin.

Comment ?

Je vais relater mes aventures de voyage vers les rivages de la physique quantique, mes échecs, mes déboires et mes progrès dans cet article:

Continuer sur la route du bonheur

Pourquoi ?

Là, ça semble plus évident. Franchement, je suis plutôt content de mes 60 premières années d'existence. Avec le temps, j'ai même fini par rire du reproche qu'on me fait de temps en temps et qui me culpabilisait autrefois, à savoir d'être trop "intello". Bref, comme le dit la célèbre blague «Jusqu'ici, tout va bien !»

Crédit: Prasit Rodphan/123RF

Et comme j'aimerais que ça continue encore un peu, je vais essayer de m'en donner les moyens en m'appuyant sur le vieux concept romain d'otium, joint aux tout aussi vieilles philosophies stoïciennes, héraclitéennes et épicuriennes, saupoudrées d'un peu de bouddhisme (éventuellement moderne et occidentalisé) et surtout de pas mal de sciences.

A priori, le néoplatonisme, le judéo-christianisme, le culte de l'égo et du libre arbitre, la recherche d'un salut dans un autre monde ne devraient plus être à mon menu. Je leur ai déjà consacré assez de temps comme ça. Je ne regrette pas le temps passé à les explorer et je ne voudrais faire de peine à personne mais ça s'est avéré être, dans mon cas personnel, des impasses. Et il ne me reste plus assez d'années à vivre pour perdre mon temps dans des impasses.

Comment ?

Je vais relater et partager la suite de mes aventures de voyage sur la route du bonheur, mes échecs, mes déboires et mes progrès...

  • sur ce blog tout simplement !

C'est sa raison d'exister. Il me permettra de m'éclaircir les idées, car je ne sais pas vous, mais moi, quand je fais l'effort d'essayer de partager mes expériences avec les autres, j'ai tendance à mieux les comprendre moi même.

Bonne lecture !


Le bonheur n'est pas une destination mais une façon de voyager. (Auteur inconnu)

De Frédéric II à Camus en passant par la route de Babylone

19 Juin 2019

A l'occasion d'une intéressante discussion sur Frédéric II de Prusse, auteur légendaire des «constitutions de Berlin» du REAA, je me disais qu'on a parfois tendance dans certains ateliers maçonniques à confondre l'histoire "historique" (que Guénon déclarait publiquement mépriser, contrairement à ses disciples actuels qui préfèrent souvent éviter d'aborder le sujet) et l'histoire légendaire.

Frédéric II et quelques invités de marque

Les exemples sont nombreux et à de nombreux degrés. Je pense par exemple à certains Frères, parfois très éminents, qui se disputent encore sur l'emplacement d'un pont qu'une célèbre légende maçonnique (rédigée dit-on en France entre 1747 et 1749, soit juste après la publication du Zadig de Voltaire, ce qui n'est sans doute pas un hasard) situe sur la route de Babylone à Jérusalem.

Personne ne doute qu'il faille franchir l'Euphrate quelque part, puis le Jourdain, pour aller de Babylone à Jérusalem, sauf à faire d'infinis détours. Mais chercher l'emplacement de ce pont est comme chercher le village du Père Noël: A force de le chercher avec les yeux de la foi, on finira tôt ou tard par le trouver là où on le cherche, en toute logique dans un pays où les rennes tirent des traîneaux, à côté du cercle polaire. Il y a même un bureau de poste et une boutique de souvenirs.

Soyons sérieux. L'emplacement exact de ce fichu pont, c'est comme le village du Père Noël, ça n'a strictement aucune importance dans l'histoire "historique" (qui ne le mentionne même pas, il n'a peut-être même jamais existé, il y avait plus de gués que de ponts à l'époque), ni non plus dans l'histoire légendaire.

La différence entre l'histoire "historique" et l'histoire légendaire?

  • La première ne nous dit pas grand chose du sens de notre vie, et encore moins des ordres personnalisés que le GADLU ou le roi de Prusse nous donneraient personnellement juste pour nous, petites personnes d'un petit peuple insignifiant d'une petite planète d'une galaxie sans importance.
  • La seconde est sans cesse écrite et réécrite par nous, pour donner ensemble un sens à notre vie et essayer d'échapper au moins un peu à notre insignifiance.

L'utilité de l'histoire "historique"?

  • Elle nous rappelle sans cesse l'absurdité (au sens de Camus) de notre condition humaine.

L'utilité de l'histoire légendaire?

  • Elle nous rappelle sans cesse à la nécessité, si nous voulons devenir un jour des "Sisyphes heureux", de construire ensemble le sens que nous donnons à nos vies.

Inutile de tirer sur le pianiste. Ce point de vue, presque hérétique, en tout cas « moderne et profane » (paraît-il), est « condamné par toutes les traditions authentiques ». Il « n'est pas très bien vu dans la franc-maçonnerie écossaise de Tradition » (notez bien le "grand T") où il serait tout juste « toléré ».

Tout ça, je le sais déjà. On me le dit souvent. Et même de plus en plus souvent je trouve. Il y a probablement à cela des explications historiques et sociologiques.

Mais comme le disait un des maîtres qui ont accompagné ma jeunesse: « Tout ça n'est pas très important ».

Pour moi, l'essentiel est d'apprécier ces légendes initiatiques. Pas uniquement pour les enseignements que leurs auteurs souhaitaient nous donner à travers elles à leur époque, mais aussi et surtout pour les enseignements qu'elles nous inspirent à nous, ici et maintenant.

Un ami a attiré mon attention récemment sur un auteur un peu méconnu de nos jours, mais qui inspira pas mal les humanistes français de la Renaissance, à savoir Philon d'Alexandrie. Ce fut l'un des premiers à « avoir pensé Dieu en architecte de l'univers » (WP) et à avoir interprété la Bible de manière allégorique, voyant par exemple en Jacob non pas un personnage ayant réellement existé mais le symbole de l'âme.

J'aime bien faire pareil. Par exemple en me souvenant que le Hiram de la légende maçonnique n'est pas tout à fait le Hiram de la Bible.

Si Jacob est le symbole de l'âme, si Salomon symbolise la sagesse, quel concept symbolise Hiram?

Voilà une question qu'on devrait poser plus souvent aux jeunes maîtres, à mon humble avis.