Burkas

Dans la tradition pachtoune, les landais sont une forme millénaire de la poésie populaire dont le nom signifie « petit serpent venimeux » car les femmes les utilisent pour exprimer leurs sentiments et parfois même pour se moquer des hommes.

Ces landais doivent respecter un format simple mais strict : Deux vers, le premier de neuf syllabes et le second de treize.

Dans un article récent sur BBC-Culture, Eliza Griswold s'attache à l'histoire de Rahila Muska, une jeune pachtoune qui écrivait ce genre de poèmes et qui a fini par mettre fin à ses jours à cause des interdits familiaux.

Entre elles, les sœurs vantent toujours leurs frères.

Entre eux, les frères préparent toujours la vente de leurs sœurs.

(Anonyme)

Muska écrivait ses poèmes dans la province rurale d'Helmand. Elle le faisait en secret, car la tradition locale assimile la poésie écrite par les femmes, au chant, à la danse et à la prostitution.

Un jour qu'elle écoutait la radio, l'adolescente est tombée sur le programme du groupe littéraire Mirman Baheer. En permettant à des auditrices de tout le pays d'appeler Kaboul au téléphone pour lire publiquement leurs créations, cette émission a mis les nouvelles technologies au service de la poésie populaire et de la contestation féminine. Muska n'a pas manqué cette occasion de s'exprimer de manière anonyme.

Hélas, un jour qu'elle lisait ainsi en cachette un de ses poèmes d'amour à la radio, ses frères l'ont entendue et ont imaginé qu'elle d'adressait à un amoureux. Ils l'ont alors très sévèrement battue puis l'ont menacée de mort si elle continuait à écrire. Comme elle n'a pas obéi, ils ont recommencé. Désespérée, elle a mis fin à ses jours au printemps 2010 en s'immolant par le feu. Son dernier appel fut pour la radio.

Après ses obsèques, son père a détruit la totalité de ses écrits. Un seul de ses landais, qui s'est retransmis de bouche en bouche après la radio-diffusion, lui survivra à jamais :

J'ai appelé. Tu es comme la pierre

Un jour tu me chercheras mais je serai partie.

Dans un autre article, beaucoup plus détaillé et publié par Petry Foundation, Eliza Griswold donne d'autres exemples de ces landais et analyse plus en profondeur cette forme de poésie populaire traditionnelle ainsi que la manière dont les femmes afghanes s'en emparent, allant parfois jusqu'à défier les hommes et leurs carcans.


Pour aller plus loin :