FIV

Le 28 septembre 2016, toute la presse faisait le buzz avec « l'incroyable nouveauté de la naissance d'un bébé à 3 parents biologiques ». Le 15 décembre de la même année, le feu vert final à la légalisation de cette pratique a été donné en Grande Bretagne, dans l'indifférence à peu près générale. De quoi s'agit-il vraiment ? Et est-ce vraiment si nouveau ? Séquence détox sciences.

Buzz médiatique

Pour la première fois, une clinique annonce, via un article paru dans le New Scientist le 27 septembre 2016, la naissance au Mexique d'un bébé issu d'une technique d'échange de noyau avant fertilisation (voir ci-dessous, technique n°1).

Signe des temps, dans notre monde médiatique de 2016 où seuls comptent l'immédiateté et l'à peu près, tous les médias français, même les plus réputés, s'empressent de reprendre sans vérifier la qualité de la traduction faite par l'AFP. C'est ainsi que « first baby born with new “3 parent" technique » se retrouve traduit par « premier bébé à 3 parents » !

Plus sérieusement

En février 2015, le parlement britannique a légalisé par 382 voix contre 128 la conception en éprouvette de bébés issus de trois parents biologiques, dans le but d'éviter la transmission de certaines maladies graves. Ces enfants seront porteurs de l'ADN de leur mère, de celui de leur père et de l'ADN mitochondrial d'un autre femme, donneuse d'un ovule.

Si l'autorisation donnée par le parlement britannique a fait grand bruit et reste à l'heure actuelle unique au Monde, il faut cependant savoir que les premiers bébés "à 3 parents biologiques" ont déjà été conçus aux Etats-Unis il y a déjà plus de 10 ans. La technique utilisée à l'époque était assez différente de celles envisagées aujourd'hui puisque les scientifiques de l'époque s'étaient "contentés" d'injecter du cytoplame,  et donc des mitochondries saines, dans l'ovule. Les noms de deux des bébés ainsi conçus ont été divulgués: Emma Ott, née en 1997, et Alana Saarinen, née en 2000. Les deux adolescentes se portent bien.

Environ 125 bébés naissent chaque année au Royaume Uni avec un dysfonctionnement mitochondrial. Les mitochondries sont des organites de la taille d'un millième de millimètre. Localisées dans le cytoplasme, ce sont les seules composants de la cellule à posséder leur propre ADN en dehors du noyau. Cet ADN mitochondrial (noté ADNm) leur permet de générer des protéines particulières qui jouent un rôle essentiel dans la respiration cellulaire.

Techniquement, deux méthodes permettent de remplacer l'ADN mitochondrial au moment de la fécondation en vitro (FIV), selon que la fertilisation par le spermatozoïde intervient avant ou après la transplantation du noyau.

Si cette technique offre de grands espoirs aux femmes porteuses de certaines maladies génétiques, elles n'est pas sans soulever nombre de questions médicales et éthiques.

Ainsi, le député européen José Bové a-t-il déclaré: « Pour la première fois un être humain serait génétiquement modifié ce qui aura un impact sur tous ses descendants. [...] Devons entrer les yeux fermés sans le futur transhumaniste que nous concoctent certains dirigeants de Google et d'autres firmes ? Je dis non, nos sociétés ne doivent pas se soumettre aux diktats des apprentis sorciers

Outre la question éthique "traditionnelle" de nombreuses voix posent également la question du manque de recul. Les premiers bébés à trois parents n'ayant pas encore atteint l'âge adulte, il n'est pas encore possible d'évaluer les risques véritables que cette technique pourrait faire courir à eux-mêmes comme à leurs descendants.

L'autre grande question relève de la psychologie, voire pour une part, de la sociologie et du droit. Comment ces enfants percevront-ils leur filiation ? Que répondre si un jour la donneuse parent revendique des droits parentaux ? Comment la société percevra-t-elle ces filiations à trois parents ?

Toc, toc, toc, ça y est, nous y sommes, la science-fiction frappe à notre porte ! Nous avons eu plus de 20 ans pour nous y préparer. Sommes-nous prêts ?

Mises à jour et compléments:

Après le vote sur le principe du parlement britannique en février 2015, il manquait encore l'accord du comité d'éthique compétent, le HFEA. C'est chose faite depuis le 15 décembre 2016.

Pour aller plus loin: