uber
© alexeyboldin / 123fr

Une nouvelle de l'AFP, rapidement reprise par tous les médias, a fait le tour de l'Internet francophone le 17 mai :

L'Urssaf poursuit Uber pour requalifier la situation de ses chauffeurs en travail salarié et récupérer les cotisations correspondantes. Au-delà de la longue bataille juridique qui s'annonce, mais qui ne sera probablement pas très différente dans ses conséquences de celle qui a déjà eu lieu de manière très similaire aux États-Unis, ce sont surtout les commentaires de la presse et des internautes qui semblent très emblématiques de l'aveuglement général actuel sur ces sujets.

Qu'observe-t-on en effet ?

D'un côté ceux qui applaudissent : Les chauffeurs de taxis bien évidemment. Les chauffeurs qui ont perdu leur job Uber, sans aucune indemnité de licenciement, de manière tout aussi évidente. Les chauffeurs Uber pour lesquels cette activité est devenue un boulot à plein temps, sous payé et sans aucune protection, ça coule de source.

De l'autre ceux qui râlent et en particulier ceux qui constatent l'inadaptation du code du travail à la réalité économique actuelle. Ainsi, la lettre d'info quotidienne TTSO en date du 17 mai 2016 :

« Vouloir reclasser les chauffeurs de VTC en salariés, c'est tout simplement vouloir les forcer à rentrer dans un statut qui les a exclus (le CDD ou le CDI). Avant de rejoindre Uber (et les autres VTC), 25% de ces chauffeurs étaient au chômage et 43% (presque 1 sur 2) depuis plus d'un an. Quelle boite, publique ou privée, peut dire aujourd'hui qu'elle a recruté plusieurs milliers de salariés, dont 1 sur 4 était chômeur ? Aucune. Au lieu de condamner ces nouveaux entrepreneurs, l'Etat serait mieux inspiré de faire payer à Uber ses impôts en France (grâce à un montage typique des GAFA, la société n'en paye pas)… ce qui évidemment obligerait à élever la voix vis-à-vis de la Hollande ou du Luxembourg. Plus difficile à affronter que des ex-chômeurs. »

ou encore le MEDEF qui voit là une « une menace grave pour les nouvelles formes d'activité et d'emploi ».

Et puis, d'un autre côté encore, ceux qui, comme Jean Michel Billaut, le « candidat 2.0 » à l'élection présidentielle via le site LaPrimaire.org, trouvent ce débat aussi surréaliste que dépassé :

« Je me demande comment ils vont faire quand Uber et les autres lanceront leur flotte de taxis robots.. Sont peut être pas au courant à l'Urssaf ? »

J'avoue être dans cette troisième catégorie. En effet, prenons un peu de risques - et aussi date- voici le scénario que je prévois :

  1. Dans un premier temps, contrairement à ce qu'espèrent certains, Uber n'embauchera pas, car se transformer en entreprise de taxis classique n'est pas assez rentable pour eux.
  2. Ensuite il vont payer des avocats pour faire durer le procès le plus longtemps possible.
  3. Puis ils payeront une très grosse amende, comme ils l'ont fait aux USA, sans sourcilier, ils ont les moyens.
  4. Dans le même temps, ils vont lever des fonds colossaux pour acheter des centaines de milliers de taxis autonomes, sans chauffeurs. Avant la fin du prochain quinquennat, ils n'auront plus besoin d'aucun chauffeur, ils feront tout avec des taxis-robots et une grosse poignée d'ingénieurs.
  5. Mais ce qu'ils ont sans doute déjà prévu aussi, car ils se tiennent au courant des nouvelles technologies, c'est que leur flotte de taxis-robots elle-même ne durera qu'un temps. En effet, une autre technologie émergente, celle de la blockchain, permettra aux indépendants de l'économie collaborative de se passer des plateformes dans leur genre. Les « disrupteurs » se feront eux-mêmes « disrupter ».
  6. Mais gageons que d'ici là, les fondateurs d'Uber auront revendu à prix d'or toutes leurs actions à des fonds de pension, de sorte que quand leur business s'effondrera, ils conserveront leur fortune au détriment des fonds de pension, et donc aux dépens des retraités.

Qui prend les paris ?

Pour aller plus loin: mise à jour du 22/08/2016: